Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.
Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,

mon coeur se dénoua dans le vent

 

Pablo Neruda

La peinture et les peintres ...

 

"Je ne suis pas un artiste, je suis un homme qui pense", Magritte

 

Pourquoi ?

 "La meilleure raison de peindre est qu'il n'y a pas de raison de peindre."Keith Haring"

 

"Mon seul désir est de m'enrichir de pensées exaltantes" (Magritte)

 

"L'art ne transforme pas, il forme tout simplement", dit Roy Lichtenstein.

 

"L'art a un autre but que lui-même;sa recherche est l'expression ou le symbole de la perpétuelle recherche de l'être" (Bernanos)

 

"Si vous pouvez le dire avec des mots, il n'y a pas de raison de le peindre." Edward Hopper

 

Quo

"Tout dans mes oeuvres est issu du sentiment de certitude que nous appartenons à un univers énigmatique."Magritte 

 

  "Depuis toujours j'entends le cri qui sort des choses et des êtres et j'ai tenté de le saisir comme au lasso par mon dessin; de chiffrer un dessein qui émane du monde.",Jean Hélion

 

 "Une fleur,une feuille, un caillou,tout brille, tout chatoie,tout est lustré,verni, disait Matisse à Louis Gillet.Vous ne pouvez vous imaginer comme c'est beau! Je me dis quelquefois que nous profanons la vie: à force de voir les choses, nous ne les regardons plus."

 

"L'artiste se peint toujours lui-même", Léonard de Vinci

 

 

Comment ?

 

"A partir d'un certain temps, c'est le tableau qui commande", Yves Doaré

 

"Je ne crois pas en l'inspiration, je suis un besogneux." Dubuffet"

 

"La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité,comme la maîtresse la plus exigeante;

 depuis quatre mois, je fuis le petit jour et je cours à ce travail enchanteur; ce qui me paraissait de loin facile à surmonter me présente d'horribles et incessantes difficultés.Mais d'où vient que ce combat éternel, au lieu de m'abattre, me relève, au lieu de me décourager, me console, et remplit mes moments quand je l'ai quitté?" Eugène Delacroix

 

 "L'art est beau quand la main, la tête et le coeur travaillent ensemble."Ruskin

 

"Se plier en silence à certaines exigences intérieures et passer sa vie à chercher des moyens d'expression sincères." Georges Rouault

 

"C'est en toi qu'il faut regarder et non autour de toi" Gauguin

 

 "Dans l'oeuvre la pensée doit compenser et remplacer la vie, sinon on ne verra qu'une oeuvre corporelle et sans vie", Léonard de Vinci

 

"L'artiste doit toujours avoir un oeil braqué sur la réalité et un autre sur le monde intérieur", Max Ernst

 

  "Celui qui ne possède que de l'habileté est une bête;

 l'imagination qui veut s'en passer est une folle."

 

"Griffonner,gratter, agir sur la toile, peindre enfin, me semblent des activités humaines aussi immédiates, spontanées et simples que peuvent l'être le chant, la danse ou le jeu d'un animal qui court, piaffe et s'ébroue."

Hans Hartung

 

 

"Je pars dans ma toile, je mets des couleurs, je ne sais pas du tout où je vais.Je ne connais ni sa forme, ni sa destinée. Je ne sais rien.Je suis entre deux morts: la toile qui n'est pas encore née et la toile qu est à faire. On est entre deux infinis négatifs." Jean Bazaine

 

"Une oeuvre d'art, c'est un monceau de cicatrices." Jean Lurçat

 

Lorsque ma peinture devient bonne, je sens toujours atrocement une grande part de hasard comme un vertige, une chance etc." Nicolas De Staël"

 

 

Toko Shinoda: «À 102 ans, peindre une ligne est comme un rêve»

Elle est centenaire et continue à peindre ses œuvres abstraites à l’encre de Chine. L’artiste japonaise la plus âgée a croisé Jackson Pollock et Mark Rothko et expose en ce moment à Tokyo

A presque 103ans, Toko Shinoda est l’artiste japonaise la plus âgée. Elle n’a pas perdu de sa verve et continue de créer des œuvres avec la technique qui l’a rendue célèbre: l’encre de Chine. A 6ans, elle l’utilisait déjà pour ses premières calligraphies. Mais elle a rapidement voulu s’affranchir de normes contraignantes pour se lancer dans l’art abstrait, affirmant qu’elle préférait ne suivre aucune règle à l’exception des siennes. Ses œuvres sont exposées aux quatre coins du monde dans des musées célèbres, tels le MET et le British Museum. A l’approche de son 103e anniversaire, une exposition intitulée 103 vues de Toko Shinoda et organisée par Norman Tolman, propriétaire de la galerie éponyme, se déroulera entre le 26?octobre et le 4?novembre à l’Hôtel Conrad de Tokyo. Cent trois œuvres seront présentées, dont certaines jamais montrées au public.

La première fois que vous avez utilisé de l’encre de Chine, c’était il y a près de 100 ans. Comment trouvez-vous encore de l’inspiration?

C’est compliqué de vous le dire. Mais comme tous les êtres humains, j’ai cinq sens et c’est à travers eux que je trouve des sources d’inspiration. J’essaie de traduire ce que je ressens dans mes œuvres. Les gens disent que je vis depuis plus de cent ans, mais le temps n’a pas de limites. Un jour je mourrai, mais mes créations me survivront pour l’éternité.

Vous privilégiez depuis vos débuts l’encre de Chine. Qu’est-ce qui vous fascine dans cette matière?

L’encre, sa couleur, est la meilleure matière pour exprimer ce que je ressens dans mon cœur. Mes sentiments sont assez abstraits. Par exemple, si je peins une ligne rouge avec de l’acrylique, elle est définitivement rouge. Avec une couleur, il est difficile d’exprimer ce que l’on ressent. La raison pour laquelle j’ai choisi l’encre de Chine, c’est qu’elle offre la plus grande variété de couleurs et de variations. Elle n’est pas seulement noire, son intensité varie évidemment. L’encre me donne la plus grande liberté artistique. Elle offre aussi la plus grande liberté d’imagination aux spectateurs. Mon art dépend donc de l’imagination des gens. Pour tout vous dire, j’ai réalisé il n’y a pas si longtemps que l’encre de Chine ne peut être totalement maîtrisée durant le laps de temps d’une vie comme la mienne.

 

En regardant les œuvres que vous avez réalisées récemment, il semble que la couleur vermillon est plus présente. Comment décririez-vous l’évolution de votre art durant votre carrière?

Il est impossible de décrire mon évolution artistique avec des mots. D’ailleurs, les titres que l’on voit à côté des œuvres me semblent tout à fait superflus. En voyant mes œuvres, vous établissez une interaction, une connexion coïncidentielle, ce qui est à mon sens le plus essentiel. Mon art traduit mon histoire personnelle, mais je ne peux pas vous dire comment elle a affecté ma manière de créer. Certains artistes expliquent leur création en parlant de période de leur vie, ce qui n’est pas mon cas. Par ailleurs, je ne peins pas pour faire passer un message aux spectateurs.

Je m’exprime parce que j’en ai envie, pas pour une raison spécifique. Si je veux exprimer quelque chose avec des mots, j’écris des poèmes traditionnels japonais que l’on appelle haïkus ou tankas. La peinture est ma manière de m’exprimer lorsque c’est impossible avec des mots.

Pourriez-vous décrire vos œuvres?

Demander à un artiste de décrire ses œuvres, c’est comme essayer d’attraper un poisson dans un buisson. En fait, je pense que mes œuvres n’expriment rien. Regardez les nuages, ils n’expriment pas leur tristesse, leur bonheur, ou leur rage. Mais même s’ils n’expriment rien, on aime parfois les regarder. J’essaie, à travers l’art, de parler aux gens, de leur donner une source d’imagination qui a quelque chose à voir avec l’essence humaine.

Mon art ne s’adresse pas à des gens en particulier, à des races, aux riches ou aux pauvres. Il n’est pas discriminant. Si l’art peut relier les gens, les faire interagir à travers quelque chose de commun à l’espèce humaine, alors il peut contribuer à la paix dans le monde entier. Mais nous n’avons pas encore atteint cette étape. J’espère que l’art y parviendra un jour.

 

Entre 1956 et 1958, vous avez vécu à New York. Vous avez pu y rencontrer Rothko et Pollock et d’autres fers de lance de l’expressionnisme abstrait. Comment ce séjour aux Etats-Unis vous a-t-il marqué?

A l’époque, le mode de vie aux Etats-Unis était totalement différent de celui du Japon qui se reconstruisait après la Seconde Guerre mondiale. Comparés au Japon, les gens étaient riches à New York. Du monde entier, on y accourait. Un sentiment de liberté y régnait. C’était une ville extrêmement vivante. Tous les jours, je vivais en quelque sorte dans une excitation quotidienne indescriptible. Les artistes étaient libres de faire tout ce qu’ils voulaient, toutes les manières de s’exprimer dans l’art étaient visibles. New York m’a ainsi apporté une confiance dans mon travail. Je pouvais m’exprimer de manière abstraite, avec une ligne ou un point, sans idée précise. Avec mes œuvres d’art, je pouvais envoyer un signal, capter le regard, faire naître chez le spectateur une pensée. C’est la clé de mon art.

Vous n’appartenez à aucun mouvement ou école. Votre indépendance semble être essentielle à votre art. Pourquoi avez-vous choisi de retourner au Japon, un pays où les règles sont omniprésentes, plutôt que de rester aux Etats-Unis?

Il est vrai qu’un temps, j’ai pensé qu’en tant qu’artiste, il était préférable de continuer de vivre à New York. Car cette ville est très attirante et riche. Mais en même temps, je suis Japonaise et j’ai grandi au Japon. Mes parents y vivaient et voulaient que je revienne au pays. Bien que j’aie vécu à New York, mon anglais ne s’est pas amélioré et je n’avais aucun talent pour apprendre cette langue. Je préférais aussi la nourriture japonaise à celle de New York. C’est donc une combinaison de facteurs qui m’ont poussé à revenir vivre au Japon. C’était plus facile pour moi. De plus, il y avait aussi des raisons artistiques à mon choix. L’encre de Chine est développée au Japon. Si je peins une ligne droite à New York, elle sèche immédiatement à cause du climat. L’humidité au Japon fait que cette même ligne droite sèche progressivement. C’est ce que je préfère d’ailleurs. Lorsque je peignais à New York, je laissais couler de l’eau chaude du robinet dans la salle de bains pour obtenir un environnement humide propice à mon art. Je créais donc artificiellement un climat japonais. L’humidité a de plus une influence sur la couleur.

Nourrissez-vous encore des rêves?

Ma vie est en quelque sorte un rêve. Peindre une ligne est comme un rêve.

 

POUR FAIRE LE PORTRAIT D'UN OISEAU

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger ...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

Jacques Prévert

"En regardant autour de toi le cours des astres, songe qu'un même mouvement t'emporte avec eux, et pense souvent au changement des éléments les uns dans les autres. Ces sortes de pensées purifient l'âme des souillures de sa vie terrestre." Marc Aurèle, "Pensées"